Maintes fois et par de multiples institutions, vous recevez des appels à
votre générosité et vous vous faites un scrupule à ne pas y donner suite.
Bien entendu, il n’est pas question de remettre en cause votre
générosité, mais celle-ci a forcément une limite qui est en fonction de vos
revenus et généralement on met au panier ces appels de générosité.
Or, ces appels reviennent très cher aux divers solliciteurs et vous
pouvez appeler leur attention sur ce fait en leur faisant savoir que soit
vous avez déjà donné à d’autres institutions ou organismes, soit vous avez
répondu favorablement à une première demande et vous estimez que vous n’avez
pas à répondre à cette nouvelle intervention.
Ces appels ont en effet été envoyés à partir de fichiers que les
organismes demandeurs se vendent et il suffit d’écrire à :
Union Française de Marketing
60 rue de la Béotie
75008 PARIS
Pour demander à être radié du fichier appelé : « Système
ROBINSON/STOP PUBLICITE »
Cette démarche entraînera la suppression de tout envoi publicitaire ou
de sollicitation à versement à votre nom.
Quand nos ancêtres défrichèrent la forêt naturelle, au fur et à mesure
de leurs besoins, pour l’implantation de leur chaumière, pour l’obtention de
terres de culture et d’élevage, les pierres furent entassées au bord de
leurs lopins essartés. Ces pierres furent laissées telles quelles ou
servirent souvent à édifier des murs de soutènement, ce qui créait, tout
naturellement, une limitation des parcelles. Le long de ces bordures non
cultivables on laissa alors pousser les buissons et c’est ainsi que se
formèrent les haies.
Le noisetier y était prépondérant, mais acceptait la présence des
piquants comme le houx, l’aubépine, le prunellier et l’églantier. On y
trouvait aussi, selon le terrain, la charmille, le saule marsault et
quelques frênes dominants que l’on réservait au charronnage. L’étage
inférieur était occupé par les fraisiers, les framboisiers et quelques
plantes grimpantes ou rampantes comme les ronces, le lierre et la bryone.
On laissait aussi prospérer les haies d’aulnes et de saules le long des
ruisseaux car leurs racines touffues empêchaient l’érosion et contribuaient
ainsi au maintien des rives et à la fixation du lit des cours d’eau.
Ces haies qui coupaient un peu les terres sans les fermer étaient d’une
grande utilité.
De nombreux animaux en avaient fait leur habitat. A une époque où le
petit gibier existait encore, la perdrix, le lapin de garenne et le lièvre y
trouvaient le couvert. Les oiseaux comme la grive, le merle, la fauvette,
l’alouette, le rouge-gorge et le troglodyte y bâtissaient leur nid et s’y
nourrissaient de baies, mais aussi d’insectes de toutes sortes qui y
pullulaient.
En automne, elles étaient parcourues par l’écureuil à la queue en
panache, rapide comme l’éclair, recherchant son mets préféré : les noisettes
dorées qu’il croquait de suite ou enterrait en prévision de l’hiver.
Ces haies, constituaient aussi pour leurs propriétaires une précieuse
réserve de bois de chauffage. Tous les dix ans, environ, on en rasait une
partie à la fin de l’hiver et commençait alors, sur place, la confection de
petits fagots si utiles à la ménagère pour allumer le feu, chauffer le four
à pain et pousser le feu quand il fallait obtenir une cuisson rapide du lait
ou d’une omelette au lard.
En février, ces fagots alimentaient souvent les grands feux de «Tchénivrer»
que les jeunes gens allumaient sur les hauteurs, le dimanche qui suivait
celui de Carnaval.
Avait-on besoin de rames ou de branches pour les haricots ou les
petits-pois au jardin ? C’était encore les haies qui les fournissaient. De
même pour le dimanche des Rameaux, c’est dans les grands noisetiers que l’on
coupait la tige la plus droite et surtout la plus longue à laquelle on
fixait les bouquets de buis, de houx et de cyprès garnis de rubans et
parfois de fleurs en papier crépon.
Enfin, les haies champêtres étaient souvent l’objet de nos loisirs
d’enfants.
Au printemps, nous allions à la recherche des nids : dans les houx et
les grands noisetiers nous découvrions les grands nids maçonnés du merle et
de la grive ; dans l’aubépine le nid de la pie-grièche qui profitait des
piquants du buisson pour y crucifier ses réserves de proies ; dans les
petits buissons ou les ronces, le nid de la fauvette, fait de tiges fines de
graminées, à la paroi tellement mince que l’on devinait les œufs au
travers ; au ras des souches, les boules de feuilles ou de mousse du
rouge-gorge et du troglodyte. Quand une haie avait été coupée, le lierre y
prospérait et c’est sous ses tiges rampantes que le nid de l’alouette
pouvait être découvert.
En été, ces haies nous offraient les petits fruits : la framboise
sauvage au parfum subtil, les mûres noires et brillantes qu’il fallait
mériter car la ronce défendait ses fruits et on ne les dégustait qu’après
avoir été égratigné. Par contre, on se méfiait de tous les autres fruits
rouges ou violets qui pouvaient être vénéneux comme ceux de la bryone. Les
conseils de prudence se transmettaient de bouche à oreille par les parents,
c’était la sagesse populaire.
Puis l’automne arrivait, saison des fruits et des récoltes ; alors nous
parcourions les haies pour y cueillir les noisettes dorées que l’écureuil
voulait bien nous laisser. Tard, dans la saison, quand les églantiers
avaient subi les premiers frimas, crochets en mains, nous tirions sur leurs
branches épineuses pour les dépouiller de leurs fruits rouges (chaupèkus),
durs, sans saveur, plein de poils à gratter mais qui donnaient d’excellentes
confitures.
L’hiver, les haies étaient un peu abandonnées, seuls les merles et les
grives, à la recherche des dernières baies rouges, y apportaient un peu
d’animation. Mais celles-ci avaient leur utilité en servant souvent de
pare-neige, empêchant ainsi la formation de congères dans les chemins creux
quand il «chibait».
Aujourd’hui, les haies sauvages existent encore à LABAROCHE, mais
semblent souvent abandonnées des hommes à tel point que certains buissons
sont devenus des fouillis ou des arbres à troncs multiples. Les terres de
notre Commune étant depuis le milieu du siècle dernier essentiellement
destinées à l’élevage, les haies ont échappé à la destruction comme cela
s’est produit dans les régions de grandes cultures où elles étaient
considérées comme un obstacle à la mécanisation. Mais aujourd’hui, on en
replante car on se rend compte de leur importance pour l’écologie et pour
lutter contre les intempéries. En intervenant dans la nature, l’homme commet
parfois des erreurs qu’il est difficile de réparer.
Allons ! si un jour les puits de pétrole ou de gaz tarissent, eh bien,
les hommes referont peut-être des fagots, encore faudra-t-il que les maisons
aient des cheminées !
Jean-Marie SIMON